Crepuscule
Texte : Julien Stiegler
Musique et Jeu : Didier Cuenin et Julien Stiegler
Comme une goutte palpitante, le soleil descend
ruisselant nerveusement sur la vitre du ciel,
que la terre béante dévore hirsute, au crépuscule,
pour enfin se fondre, mangé dans l’horizon dégradé.
Depuis que la nuit lave les restes du jour, à l’instant où le soleil meure chaque jour,
L’homme en prend un morceau brûlant, il en saisit une braise ardente
Pour percer la toile de la nuit,
Pour chasser le regard des bêtes lointaines,
Pour couvrir le cri des oiseaux inquiets,
Pour cuire le sang des proies figées,
Pour assécher la peur des bêtes capturées,
En attisant un feu de caverne,
En allumant une lanterne
Et cette magie opère tous les soirs.
Et l’antique cinéma traverse les époques.
Tous les soirs /// Dans la caverne ///
L’homme perçait la fraicheur bleutée de la nuit
Allumant un feu rouge pour chasser la peur de l’abri
La nuit humidifiée fuyait la lueur du foyer
Les ombres dansaient à l’heure où s’inquiètent les oiseaux.
/// /// /// ///
Certains soirs /// Dans les chaumières ///
Les enfants chuchotant allumaient la lanterne magique
Ils glissaient les images d’un vieux monde concentrique
Les parents parlaient peu, comptant les patates ridées.
Ces soirs là /// Au dehors ///
La muette toute glacée dehors s’émerveillait
Des fenêtres allumées, tableaux pâles au tic-tac régulier
Les moustiques attirés vénéraient aussi la lanterne magique.
Vint l’ampoule électrique grésillant comme les mouches attirées
Puis le craquellement radiophonique chatouillant les voix coincées
Quand dehors les parents affrontaient l’air humide
Quand La fée électrique illuminait la ville
Mais un soir sous l’emprise de la peur collective
Dans la ville s’allumèrent d’affreux réverbères sécuritaires
Les insectes poursuivirent des cercles inutiles
Dans les rues se mêlèrent milles lumières policières.
Pas une ombre au tableau dans les rues impudiques,
Des lumières affichèrent milles signaux bleus informatiques
Que l’œil des caméras vinrent guetter sans fermer leurs cils électroniques.
Les vieux ni les enfants ne pouvaient fermer l’œil de la nuit.
/// Mais enfin /// Ce soir
Un battement lumineux et sonore accomplit
Au loin le cinéma. Enfin non ! Inaudible
Boite de nuit pour tarir l’avide lumière bleutée
Connections insensées, innombrables possibles.
Le tableau lumineux est entièrement rempli
La nuit bleue glace de nouveau que nul ne transperce.
Quelle chaleur ? /// Quelle lanterne ? ///
Nul désir : calculé par avance il s’éteint
Nul espace sans téloche captant les asservis
Nul instant sacré pour nourrir un rêve commun
Seule l’envie de donner les trésors qu’il nous reste
Y a les bancs dans les rues qui sont là pour chacun
Et l’ennui des trajets pour jardiner les souhaits.
Et demain /// Pourquoi pas ? ///
Faudrait juste fabriquer une charrette orchestrale
Pédaler pour tourner des rythmes réguliers
Un guidon pour conduire les dérives chromatiques
Distribution d’crayons et de papiers pour tous
Les timides nous lirons leurs rêves sans chanter
Dissipant l’air glacé avec une dérisoire lanterne.