Crepuscule
[poem] Comme une goutte palpitante, le soleil descend ruisselant nerveusement sur la vitre du ciel, que la terre béante dévore hirsute, au crépuscule, pour enfin se fondre, mangé dans l’horizon dégradé.
Depuis que la nuit lave les restes du jour, à l’instant où le soleil meure chaque jour, L’homme en prend un morceau brûlant, il en saisit une braise ardente Pour percer la toile de la nuit, Pour chasser le regard des bêtes lointaines, Pour couvrir le cri des oiseaux inquiets, Pour cuire le sang des proies figées, Pour assécher la peur des bêtes capturées,
En attisant un feu de caverne, En allumant une lanterne9 Et cette magie opère tous les soirs. Et l’antique cinéma traverse les époques. Tous les soirs /// Dans la caverne ///
L’homme perçait la fraicheur bleutée de la nuit Allumant un feu rouge pour chasser la peur de l’abri La nuit humidifiée fuyait la lueur du foyer Les ombres dansaient à l’heure où s’inquiètent les oiseaux. /// /// /// ///
Certains soirs /// Dans les chaumières /// Les enfants chuchotant allumaient la lanterne magique Ils glissaient les images d’un vieux monde concentrique Les parents parlaient peu, comptant les patates ridées.
Ces soirs là /// Au dehors /// La muette toute glacée dehors s’émerveillait Des fenêtres allumées, tableaux pâles au tic-tac régulier9 Les moustiques attirés vénéraient aussi la lanterne magique.
Vint l’ampoule électrique grésillant comme les mouches attirées Puis le craquellement radiophonique chatouillant les voix coincées Quand dehors les parents affrontaient l’air humide Quand La fée électrique illuminait la ville
Mais un soir sous l’emprise de la peur collective Dans la ville s’allumèrent d’affreux réverbères sécuritaires Les insectes poursuivirent des cercles inutiles Dans les rues se mêlèrent milles lumières policières.
Pas une ombre au tableau dans les rues impudiques, Des lumières affichèrent milles signaux bleus informatiques Que l’œil des caméras vinrent guetter sans fermer leurs cils électroniques. Les vieux ni les enfants ne pouvaient fermer l’œil de la nuit.
/// Mais enfin /// Ce soir Un battement lumineux et sonore accomplit Au loin le cinéma. Enfin non ! Inaudible Boite de nuit pour tarir l’avide lumière bleutée Connections insensées, innombrables possibles. Le tableau lumineux est entièrement rempli La nuit bleue glace de nouveau que nul ne transperce.
Quelle chaleur ? /// Quelle lanterne ? /// Nul désir : calculé par avance il s’éteint Nul espace sans téloche captant les asservis Nul instant sacré pour nourrir un rêve commun Seule l’envie de donner les trésors qu’il nous reste Y a les bancs dans les rues qui sont là pour chacun Et l’ennui des trajets pour jardiner les souhaits.
Et demain /// Pourquoi pas ? /// Faudrait juste fabriquer une charrette orchestrale Pédaler pour tourner des rythmes réguliers Un guidon pour conduire les dérives chromatiques Distribution d’crayons et de papiers pour tous Les timides nous lirons leurs rêves sans chanter Dissipant l’air glacé avec une dérisoire lanterne. [/poem]